mercredi 30 novembre 2011

Couloir nord des Drus, en libre ...

Les Drus, un peu plus gris chaque jour mais bien moins que demain

Cette course fait le buzz en ce moment, car quelques cordées l'ont parcouru. Et pour moi, c'est un vieux rêve : c'est la course dont je rêve depuis que j'ai commencé le mixte en montagne.

Comme d'habitude, j'appelle Ben Guigonnet, mon acolyte de toujours en montagne, mais il n'est pas très chaud pour se cailler le cul en montagne. En ce moment il travaille des 8c vers Nice et il n'a pas fait de montagne depuis septembre. Pour ma part, je n'ai pas mis les pieds en montagne depuis le 8 juillet, suite à ma double entorse, mais cela me titille depuis que j'ai recommencé à grimper en dry tooling.

Je mate la météo et il fait beau encore 3/4 jours, je chauffe à blanc mon pote et finalement il craque. On se donne rendez-vous à 11h devant la gare du Montenvers le mardi et c'est parti.
Le train nous emmène sur la Mer de Glace et nous partons à pied au pied des Drus pour bivouaquer. 3 heures après nous arrivons au bivouac. On prend le temps de faire de l'eau, de s'installer correctement et nous croisons Éric Jamet et un pote à lui qui redescendent du couloir nord. Éric a libéré la voie en 14h30 aller-retour et il trace sur Chamonix, car il doit bosser le lendemain. On prend des renseignements de dernière minute, car (comme d'habitude) on a oublié le topo, puis on se couche.
Le lendemain réveil 3h00 et départ 3h30, la nuit noire nous entoure mais on est bien réveillé. On suit les traces des cordées précédentes, qui nous amènent tranquillement à la rimaye qui ne pose pas de problème. Le mixte pour arriver au pied des difficultés n'est pas très raide, mais il faut s'appliquer, car les protections sont éloignées. Il fait encore bien nuit quand nous arrivons au pied de la première longueur dure, la fissure Nominé, qui se fait normalement en artif. Ben me laisse la priorité, car je me sens chaud pour la libérer. Au programme, une fine fissure, très raide, de 40 mètres avec une 20aine de pitons en place. Petit hic, on a pris seulement 8 dégaines pour être plus light...
La fameuse en artif, A1, ou en libre M7/8

Au bout de 30 minutes d'efforts et de zippettes intempestives, j'enchaîne cette longueur mythique en libre, sans crocheter un seul piton : je tiens à le préciser, sinon c'est triché. Mes bras sont chauds et le moral est au plus haut. Avec Ben on propose une cotation entre M7 et M8, à confirmer avec les prochains répétiteurs.
Ben s'occupe de la longueur qui suit, en M5 environ, qui ne pose pas trop de problème.
Ben se frise avec cette belle fissure à piolet

Puis je me fais la dernière longueur, dure, qui rejoins le couloir en glace. Cette longueur ma posé un peu de soucis, car une écaille décollée, proposant une fissure large, ne permet pas de grimper détendu. Il a fallu grimper quelques mètres à main nues pour en venir à bout (M6).

Nous voilà sur l'autoroute glacée qui mène au col entre le grand et le petit Dru. Un peu de crapahute en granit
le passage en "S"
et nous voilà au sommet du petit Dru, pour faire la bise à la vierge qui veille sur la vallée de Chamonix. Il est 13h30 !!! Dis donc Ben, on n'a pas traîné, encore une fois...
B'jour Mam'selle

Quelques photos plus tard et nous voilà en train de redescendre en rappel, dans la directe du couloir nord. Bien qu'en rappel, ça fout la frousse cette ligne, mais ça à l'air d'être dément à faire : 200 mètres de technique, absolument vertical, voire un poil déversant. C'est tout ce qu'on aime.
Raide la directe ...

16h00, l'heure du goûter, ça tombe bien on est de retour au bivouac. Ben fait péter un lyoph ...

jeudi 30 juin 2011

Bilan du stage final du guide : du 23 mai au 17 juin 2011

Durant un mois me voilà encore sur les bancs de l'école. Certes, ce n'est pas n'importe laquelle, il s'agit de l'École Nationale du Ski et de l'Alpinisme (ENSA) et on est plus souvent debout sur des montagnes qu'assis en amphi.
Voilà, cela fait 3 ans déjà que ma formation a débuté et je suis dans la dernière ligne droite : le stage final du guide. Entre temps j'ai travaillé, j'ai continué mes voyages (Népal, Taïllande, Patagonie, Yosemite, Utah, Alaska) et surtout acquis beaucoup d'expérience.
Nous revoilà entre potes aspi, certain ont pris du retard pour cause de blessures, manque d'argent ou bien malheureusement à causes d'accidents dramatiques (bisous Karine, tu nous manques...). Mais l'ambiance est bonne ce premier jour et assez détendue, tout le monde veut en finir avec ce diplôme.
Çà commence pas mal avec une grève afin que nous ayons des explications concernant l'augmentation du tarif de la formation (+ 20% quand même...) et la suppression des week-ends ouverts et gratuits. Notre délégué syndical, Yannick Gast, mène l'affront pour toute la promo et il sait bien y faire, le bougre. On rencontre la directrice qui négocie et finit par craquer. Nous apprendrons quelques jours plus tard qu'elle démissionnera, en partie à cause de notre petite réunion, oups!!
Çà y est, c'est parti, les groupes sont formés et je commence la première semaine de formation avec Robin Molinatti (le prof de La Grave), Fabien Berrod (du 04) et Jérémy Rakovski (de Chamonix). Un prof pour 3 stagiaires, c'est la base d'un bon enseignement et la spécificité de l'école française (Nous = chance).
A retenir de cette semaine : la bonne humeur dans le groupe et les blagues délirantes de Robin, qui ressemble à un lutin malinois quand il rigole et puis les 2 belles courses que l'on a réussi à faire malgré la météo déplorable. La première fut la voie "Lépiney" au Trident du Tacul, en grosse et sans sac à pof, bien sûr. Une voie de toute beauté ouverte en 1919, sans pitons et en grosse.

Robin en mode renfougne
L'escalade est démente, les difficultés soutenues (ils avaient vraiment du talent en 1919) et nous avons quand même pris des friends et clippé des pitons rajoutés depuis. Une bien belle journée. Le soir nous avons dormi au refuge de Torino pour faire l'arête Küffner le lendemain.
Départ vers 2h00 de Torino, pour l'une des plus belles courses du stage.
L'arête du diable, au Tacul
En cordée avec Jérémy, ça déroule bien, on se fait plaisir et voici quelques beaux clichés durant l'ascension qui est allée assez vite tout de même.
Après l'Androsace
Une des corniches sur cette ascension grande classe
Arrivée au sommet du Maudit (4465m) à 8h30, le mal de tête se fait sentir, heureusement on enchaîne directement sur la descente.

Deuxième semaine avec Marc Cereuil,
Marc dans son élément
Le maître du massif du Mont-Blanc et membre éminent de la compagnie des guides de Chamonix. Mes acolytes sont Popeye et Mika. Cette semaine sera la pire au niveau de la météo, il n'y aura que 2 journées ensoleillées. Nous avons quand même pu faire la voie Rébuffat à l'Éperon des Cosmiques,

 puis l'arête qui suit.
Au sommet de l'Eperon des Cosmiques
Troisième semaine : semaine avec les élèves d'applications (les cobayes, dans le jargon de l'ENSA). Il s'agit d'avoir de vrais clients et d'être évalués en situation réelle. C'est pour nous la semaine de tous les dangers, car nous devons être parfaits...
Notre prof, Rémi Thivel, un Pyrénéen qui connaît toutes les courses, sera notre examinateur. Nos cobayes ne sont plus très gaillards mais ils seront d'une bonne humeur et d'une motivation sans faille. Robert (63 ans), Yves (65 ans) et Patricia (50 ans). Avec eux nous ferons l'arête des Papillons au Peigne, sous les nuages. Puis nous découvrirons avec eux un endroit très spécial, la glacière de Parmelan, un endroit unique où de la glace se forme lentement et où il est intéressant d'observer le temps faire son oeuvre.

Ambiance cascade en plein mois de juin
Nous avons choisi de ne grimper que sur la glace naturelle et non la glace fossile, qui de mon avis devrait rester intacte.
Le lendemain nous montons à l'aiguille pour faire une classique, la traversée des Pointes Lachenal, mais nous changeons d'avis quand nous voyons le monde qui s'y rend. Au pied de l'Eperon des Cosmiques nous décidons de faire la voie Leroux, sans topo, avec les cobayes.
Yves, mon client de la journée, 65 ans


C'est parti, en visant les zones les plus faciles. Les cobayes tirent un peu la langue, mais nous finissons finalement bien la voie et enchaînons même sur l'Aiguille du Midi, par l'arête, pour redescendre dormir au refuge des Cosmiques.
Au refuge des cosmique le soir
Le lendemain nous faisons l'aller-retour Midi - Plan, par une journée merveilleuse. La trace est faite, il fait beau, les clients suivent, c'était tout simplement parfait.
La dernière pointe avant le col supérieur du Plan
Une belle vue pas très loin de l'Aiguille du Plan
Nous avons passé une bien belle semaine, les cobayes étaient ravis, ça tombe bien, car nous aussi.

Quatrième et dernière semaine, la semaine à thème, avec Stéphane Benoist
Cette semaine est un peu particulière car si nous avons bien géré les 3 précédentes nous avons le droit de choisir un peu ce que l'on veut faire et choisir nos compagnons de cordée et professeur. Elle est considérée comme la semaine "vacances" du stage.  Certaines années, il y en a qui sont allés grimper en Corse, verdon, arrière pays Niçois, ... , bref des choses plutôt cool sans trop de pression.
C'est donc tout naturellement que Ben Guigonnet, Damien Tomasi et moi nous retrouvons ensemble avec un des prof les plus actifs en terme de performance alpine : Stéphane Benoist.
Pour nous, cette semaine servira d'excuse pour aller faire un truc de dingue. Certains de la promo préparent leur sacs avec des maillots de bain, short et tongs, nous, ce sera doudounne, piolets techniques et friends, paye ta semaine vacances! En même temps, c'est ça qu'on aime.
On cherche à faire un truc technique et un peu engagé qu'aucun de nous n'aurait déjà réalisé. Steph pense aller vers les Pyrénées mais la météo ne nous laisse que peu de choix. On ira dans le versant Sud du Mont Blanc, les goulottes ont l'air de faire.
C'est parti, lundi on fini les sacs, on imprime les topos, on prépare les vivres de courses et on traverse le tunnel du Mont Blanc. Au programme 8 heures d'approche pour 2400m de déniv afin de rejoindre le bivouac Eccles (4041m).
On avance doucement avec nos sacs lourds, on fait une pause au refuge Monzino avant de prendre pieds dans la neige et le glacier du brouillard. C'est vers 17h30 que nous arrivons dans le brouillard au bivouac

un peu massé des épaules et les jambes lourdes, demain ça va être dur de se réveiller. On n'a pas trop décidé de ce que nous voulions faire du coup, on decidera demain au pied des voies. Réveil toujours trop tôt mais vers 5h00 on sort du bivouac. Il fait super beau, toutes les lignes sont formées. Le seul problème, c'est qu'aujourd'hui sera le premier jour, depuis une semaine, que les lignes veront le soleil. On opte du coup pour la ligne la plus à l'ombre car aujourd'hui ça va chauffer pas mal.

C'est donc vers "Brouillard Givrant" que nous nous dirigeons. Une belle goulotte de 400m juste avant l'arête du brouillard.

Ce qui va nous attendre on aurait pu le deviner mais on s'est quand même fait surprendre. Ca grimpe dure pour la deuxième longueur et je dois m'y employer sévère pour ne pas me mettre un mauvais plomb.

Et là, des chutes de glace commencent à faire des leurs. Au début, rien d'affolant mais, au fur et à mesure que l'on avance et que l'heure passe, les glaçons deviennent de plus en plus gros et ne cessent de tomber. Maintenant c'est la guerre, on ne peut pas descendre car la goulotte collecte toutes les chutes de glace. Il nous faut monter pour nous mettre à l'abri. La fin d'ascension de cette goullotte sera très stressante mais plus de peur que de mal au final.

On attendra que la goulotte repasse à l'ombre et que le froid resserre un peu toute cette glace qui fond. Vers 16h30 on attaque à redescendre doucement, les chutes de glace ont cessé. Arrivés au bivouac on est trempés de la tête aux pieds. Nous voulions faire une autre goulotte pour sortir au sommet du Mont Blanc mais avec nos chaussures et gants trempés ça va être un peu trop taquet, on ne veux pas finir avec des gelures. Le lendemain, mercredi, nous redescendons tranquillement et rejoingnons la Vallée de Chamonix, un peu deçus mais quand même heureux d'avoir découvert ce côté là du massif, qui pour sûr, nous reverra au vu des lignes exceptionnelles qu'il y a à grimper.
Jeudi nous nous rendons à la falaises des Vuardes pour finir le stage sur une belle voie de libre sur spit. On l'a bien méritée.

Mais un petit souci surviendra lors du retour en voiture : les deux pilotes n'ont pas vu une pierre sur la piste du retour. Résultat, deux carter en moins ...
Le vendredi c'est presque fini, il y a encore les épreuves orales à valider, c'est ce qui m'a paru le plus dur sur l'ensemble du stage de guide ...

Au final, les résultats tombent et c'est tout bon avec en prime une mention "trés bien" du jury. Le guide dans la poche, il va falloir travailler à présent et un peu fêter ça quand même.

lundi 2 mai 2011

Artif spectaculaire, paroi de grande ampleur, bienvenue à la "Paroi Dérobé"

"Shinning", un nom qui résonne dans ma tête depuis 3 ans. Lorsque mon pote Ben Guigonnet m'en avait parlé ses mots avaient été : « c'est un truc de dingue, 50 à 60 mètres de dévers pour 250m de hauteur, ça penche grave. »
La paroi Dérobé
De plus les cotations artifs dans l'arrière-pays niçois, ça tape, se sont les vraies cotations new age. Le topo récupéré peu de temps après est resté, depuis cette discussion, dans mon ordi, dans le fichier "projet".

Un matin je regarde mon agenda et je vois qu'il y a une semaine de libre, je réfléchis un peu et là une envie d'artif monte en moi, je me souviens de ce projet et c'est parti. Une petite annonce sur facedebouc pour recruter un ou deux compagnons de cordée et le tour est joué. Il n'y a pas foule qui répond. Au final c'est Benji Ribeyre qui sera de la partie, un jeune Romanais (26) que je connais bien.
Benji à droite et moi à gauche
C’est un gars solide ce qui est une bonne qualité en artif. Mercredi, on descend chez ma copine dans l'arrière-pays niçois à 20 minutes d'Aiglun (pratique ça). Le soir nous préparons les sacs et engloutissons un énorme plat de lasagne maison, merci Nini !
Sur le parking d'Aiglun, on fait encore les malins ...
Jour 1, jeudi, c'est parti pour la partie la plus ingrate de la pratique de l'artif : les portages. En tout 80/90 kg à transporter jusqu'au pied de la voie (dont 30 litres d'eau). Et ce n'est pas une mince affaire lorsqu'il faut se taper l'approche de cette paroi Dérobé, elle porte bien son nom celle-là!!! On va faire deux portages de 20/25 kg chacun et c'est déjà beaucoup croyez-moi.
Au menu sur cette approche il n'y a pas que de la marche, remontées sur cordes fixes,  rappels,  traversées scabreuses nous attendent, et tout ça chargé comme un mulet. Au final on va mettre quasiment 2h00 pour faire un aller et 1h00 pour revenir, donc 6h00 de portage, quand je vous dis qu'il faut être solide...
Les sacs arrivés à destination, on est défoncés, on a l'impression qu'un semi-remorque nous est passé dessus dans la bataille.
Benji dans L1 au dessus de lui le premier gros toit, la L2
Benji attaque la première longueur en 5c/A1+, ça va vite sauf pour le hissage car Benji à beau faire ses 70kg, ce n'est pas assez pour hisser les 2 patates et le portaledge. J'enchaîne pour la deuxième longueur en A2+/6a+, là encore ça va assez vite et on prend de suite pas mal de dévers avec un bon toit de 7/8 mètres d'avancée. Benji enquille la troisième longueur en A2 avec un toit de 7/8 mètres encore.
L3, des vrais toits , je vous dit
Il commence à se faire tard du coups on dormira à R2, le déséquipement de L3 ce sera pour demain. La séance de montage du portaledge est un peu acrobatique sur ce relais peu commode.
On est content, car pour cette première journée on a fait pas mal de longueurs.

Jour 2 : Le réveil est difficile mais ça va, on va mettre 2h00 à décoller car le bivouac est peu confortable, pas de vire et légèrement dans le dévers, c'est galère de tout plier.
Le départ de la voie se trouve vers l'arbre en bas à droite ...
Benji remonte sur la corde fixée au relais et moi je déséquipe L3. Je repars dans la foulée dans L4, 35 mètres en A2+, Benji s'endort à moitié de bon matin. Dans le topo, des sections en 5b puis 6b sont osées et peu évidentes lorsque l'on est pendu plein gaz et en baskets.
L5, 5c foireux puis A1+ très troublant. Benji s'engage un peu à reculons dans cette longueur,  parce qu'il faut escalader  des écailles branlantes et ne rien faire tomber car je suis juste en dessous.
Cette longueur aux cotations abordables va lui entamer son capital confiance et motivation, car le toit avec une belle fissure à friends va se révéler piégeux.
En effet la fissure, parfaite pour accueillir des friends un poil large (N° 2 et 3), les rejettent de façon intempestive. A noter que cette fissure est un nids d'oiseau (hirondelles) avec pas mal de guano. Après analyse on en conclue qu'a force de passages, les oiseaux ont poli la fissure avec leur petites ailes et pattes rendant le rocher horriblement lisse. Benji va se faire avoir une fois en chutant à moitié après qu'il ait mis un excellent friend, dont il n'imaginait pas une seule seconde qu'il allait sauter. Il arrive enfin au relais, assis sur un arbre et soulagé, mais me fait remarquer que la prochaine est un peu du même ordre ...

L6, c'est la troisième longueur de la journée, A1+. Il s'agit encore d'un toit à franchir avec une fissure et des trous polis par ces satanés oiseaux. Moi aussi je n'y vais pas de bon cœur, surtout que la punition en cas de chute est un énorme genévrier avec de bonne branches cassantes (Un seul trou de cul me suffit ...).
Non, pas l'arbre ...
Je constate moi aussi que les friends ne sont pas nos amis pour le coup! Je vais blinder tous mes points de progression quitte à tous les coupler par deux.
L7, A3, 15 mètres ! On ne sait pas à quelle sauce Benji va être mangé, la longueur depuis R6 n'a pas l'air dure et pourtant ...
Après quelques mètres dans un dièdre il faut qu'il traverse jusqu'au relais sur une strate large et bouchée. Il me lance : "c'est A3 bloc comme cotation ! Je ne peux rien mettre, les pitons c'est mort, et les friends trop foireux" Après une progression lente, toute en douceur et sans à-coups, Benji finit par craquer quand, au bout de 20 minutes, il n'a toujours pas bougé. Il a repéré un piton en place, 1,5 mètres à droite de lui. Il s'est mis en tête d'y aller en libre en misant sur le fait que le piton est bon !
Le voilà parti, en stress intégral car les points posés avant sont foireux et la grimpe en basket rude. Il donne tout, arque tout ce qu'il peu et arrive à clipper le piton et me dit : "Je vais vomir !" il a tellement forcé et stressé sur ces quelques mouvements que son estomac veut le remercier. Après quelques râles et toussotements ça lui passe. Il court jusqu'au relais, il est 21h00 passées.
Le temps d'installer le dodo et de manger, on s’endort vers minuit, dure journée.

9h30 et toujours pas debout !!!

Jour 3 : L'antidéroulante.
Le réveil de ce matin est très dur, le corps à bien souffert, le dos est foutu, les abdos courbaturés, les mains gonflées, bref tous les bienfaits de l'artif en dévers. J'ouvre les yeux et je vois ce qui m'attend au-dessus du portaledge, L8, A3, 35 mètres. Je vois surtout les deux plombs en place et les trois crochets qui les suivent, d'après le topo. J'ai connu mieux comme point de renvoi afin de protéger le relais. Et pour couronner le tout : encore un genévrier au relais. Ça ne donne pas envie de se réveiller tout ça.
La météo est mauvaise, il pleut, on s'était dit que peut-être on passerait la journée dans la tente du portaledge mais c'est bien trop dévers et à l'abri pour se la couler douce.
L8, A3 bien négocié
Départ tardif dans L8, vers 11h00, pour 4h00 d'artif !!! Benji s'endort à plusieurs reprises et j'avance version escargot, mais pas de frayeur, cool.
"Je crois que l'on ne va pas sortir aujourd'hui", ma foi ce n’est pas grave, on a encore de la bouffe et de l'eau à finir.
L9, A2+, 25m. Il est parti comme une balle et fini comme une douille..., encore 4h00 pour cette longueur... Petite consolation pour Benji qui fait péter une énorme écaille au relais pour agrandir la vire. Le projectile va mettre 5/6 secondes avant d'impacter le sol version obus de la guerre de 14-18.
Et bien ce sera tout pour aujourd'hui, re-dodo à minuit. Demain, il nous reste deux longueurs dont une en libre en 5b, ça devrait faire.

Jour 4, on sort. On s'est obligé à fixer une heure de départ, du coup le réveil est encore plus difficile que les derniers. Mais c'est ce qu'il faut car on est tout proche de retrouver la terre ferme. Je pars dans L9, A2, il est 9h00 du matin et pour le coup ça va vite, enfin une longueur qui déroule.
vive le hamac, R9
En un peu plus d'une heure et demie je suis au relais, ça y est le plus dur est derrière nous.
Belle ambiance à R10 !!!
L'ambiance sous les pieds est énorme, je n'ai jamais fait une voie d'artif avec autant de gaz ... grandiose entre 50 et 60 mètres d'avancée au total, ça laisse rêveur, non?
Benji se charge de la dernière longueur de 40 mètres qui louvoie entre les arbres, ça annonce un hissage d'anthologie.
"Relais" me dis Benji avec le sourire de délivrance, encore un peu d'effort pour aider les sacs à passer les arbres et c'est fini. Nous voilà en haut de la paroi Dérobé, enfin sur nos deux jambes, ça fait du bien. Il nous faut à présent rejoindre à pieds Aiglun à 1h30 de marche avec un sentier quasi inexistant, des barres à éviter et une remontée un poil épuisante.
Nous voilà au village touts suants, mais contents d'en avoir terminé pour de bon avec la croix en poche.
Maud et son père arrivent en BJ40 pour nous récupérer et nous ramener pour fêter, demain, le lundi de Pâques : objectif à présent, se gaver de bons petits plats et oublier ses vieux lyophilisés dégueux.

Le sentiment général après cette voie est une apaisante sensation de douceur et une joie partagée avec Benji, d'avoir réalisé cet itinéraire de grande ampleur où la retraite est quasi impossible, merci Benji d'avoir répondu à l'appel.